Le coût des odeurs

14 juin 2018 | Cultures, Environnement, Porcin, Santé

En Caroline du Nord, l’industrie porcine est passée de deux millions de porcs en 1990 à 8,9 millions aujourd’hui. Or les habitants de Beulaville apprécient de moins en moins le «parfum» de pourceau. Au point où des citoyens partent en guerre contre le purin de la Smithfield Foods Inc. Dans leur poursuite, les résidents veulent forcer l’entreprise à devenir un bon citoyen corporatif et à adopter des méthodes de production moins nuisibles à l’environnement. Est-ce possible ? Il semble bien que oui.

Si les avocats des plaignants soutiennent que les odeurs ont réduit la qualité de vie de leurs clients de façon importante au point de causer de la toux et du vomissement, le président de Smithfield rappelle, lui, que ses fermes ou celles de ses producteurs à forfait sont conformes à la réglementation environnementale locale et fédérale. Ce dernier refuse d’autant plus qu’on accuse son entreprise d’être une nuisance publique que le bruit et les odeurs vont de pair avec l’exploitation d’une ferme.

Au départ, les autorités de l’état avaient accueilli favorablement l’entreposage du purin dans des fosses extérieures et leur épandage comme fertilisants sur les terres. Par contre, avec la croissance de l’industrie, ces bassins se sont remplis et ont débordé durant les pluies se déversant ainsi dans les cours d’eau. Ainsi en 1997, un moratoire sur la construction de nouvelles installations porcine utilisant des fosses extérieures a été mis en place.

Les installations visées dans la poursuite font partie de celles construites avant 1997 comme la plupart de celles de l’état. Les avocats des résidents ont affirmé dans les documents déposés qu’ils sont préoccupés du fait que Smithfield qui est maintenant propriété du géant chinois WH Group depuis 2013 veut accroître sa production pour répondre à la demande croissante de la Chine, ce qui augmenterait les nuisances.

Les plaignants souhaiteraient, par exemple, que la compagnie utilise le purin pour produire de l’énergie. Smithfield affirme que l’application de telles méthodes réduirait sa profitabilité et mettrait en péril son modèle d’affaires dans cet état où il en coûte déjà plus cher à produire qu’en Iowa puisqu’il lui faut importer la majorité du grain. Si la poursuite a gain de cause, le géant de la production porcine craint que cette poursuite détermine le sort de centaines d’autres causes semblables contre Smithfield.

Peu importe l’issue de cette bataille juridique, les pressions sur l’industrie porcine sont là pour rester.

Une des pistes de solution réside en l’optimisation des méthodes de production afin de réduire les niveaux de purin. Plus particulièrement, l’utilisation de systèmes de monitorage permettant le contrôle en temps réel de l’apport en nourriture et en eau. Ces systèmes, en plus de favoriser la réduction des rejets par un apport calibré en nourriture, génèrent des économies par la diminution de la consommation de nourriture et la fréquence de vidange des fosses. L’argument de Smithfield voulant que l’adoption de nouvelles technologies compromettrait la viabilité de ses opérations en Caroline du Nord aurait donc moins de poids qu’il le prétend.

Pierre

Pierre

Journaliste principal

Père fondateur d’Élevage et Cultures, Pierre a donné à la revue sa touche d’humour qui nous plaît tant. Vous pouvez retrouver tous ses articles traitant des actualités technologiques et scientifiques agricoles dans la Rubrique de Pierre.

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