France Demers

12 mars 2021 | Personnalité du mois

Un puits d’énergie

Si elle avait vu le jour en Inde, on l’aurait appelée Kâlî ou Durga, ces déesses aux multiples bras, protectrices de l’univers. Mais voilà, France Demers est née à Stanstead et on pourrait la surnommer la déesse du chemin Ayer’s Cliff. Il y a 32 ans, la toute jeune typographe au Progrès de Coaticook a fait d’une pierre deux coups. Elle a marié son amoureux Serge Beauvais et acheté de son nouveau beau-père la ferme Magolait, à quatre kilomètres à peine de Magog. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle s’assurait d’en avoir plein les bras pour une « secousse ». 

Sur 800 acres, elle a élevé quatre enfants avec Serge et s’occupe toujours de 140 belles Holsteins, dont six douzaines qu’il faut traire soir et matin. C’est sans parler de sa cabane à sucre alimentée par 6 500 entailles qui lui donnent 1200 gallons de sirop d’érable certifié biologique. Amenez-en des fesses de jambon à faire cuire avant l’aurore. France n’a pas peur de la « grosse ouvrage ».

Son trésor foncier, elle le bichonne. France pratique le semis direct pour ne pas « maganer » ses vers de terre, son précieux humus et sa rivière. Cela lui a valu le titre d’agricultrice de l’année en 2013. Elle en avait été d’autant plus fière qu’elle se trouvait en lice avec deux très grosses pointures, le chocolatier Vanden Eynden et les artisans du canard Ducs de Montrichard. En octobre 2019, c’est la Chambre de commerce Memphrémagog qui lui remettait un premier prix pour les performances économiques de son entreprise. 

Au début de 2020, juste avant la pandémie, France qui avait déjà escaladé le Kilimandjaro a fait partie d’une mission de coopération au Sénégal. « Là-bas, les paysannes n’ont pas leur mot à dire dans les décisions qui concernent leurs petites exploitations. Ce sont elles qui ont les enfants, qui vont chercher l’eau, qui travaillent la terre à la pioche pendant que les hommes sont assis à boire un verre l’après-midi. Nous les avons invitées à prendre leur place. Grâce aux réseaux sociaux, nous constatons que les choses commencent tranquillement à changer. Ça a été une expérience très enrichissante. » 

Le retour s’est avéré plus difficile. Non, non. Serge n’avait pas pris l’habitude d’aller au café. Il travaillait toujours d’arrache-pied sur la ferme familiale, mais la COVID-19 a bouleversé le quotidien. Leur ferme avait beau disposer de décrocheurs automatiques, d’un système d’alimentation avec convoyeurs-nourrisseurs, les écoles et les hôtels fermés, le lait ne trouvait plus de débouchés. Et comme il y a des limites à ce qu’ils pouvaient faire transformer en fromage, c’est la mort dans l’âme que le couple a été forcé de jeter le contenu de deux réservoirs de 7 000 litres.

Il est loin le temps où France pouvait jouer à la corde à Tarzan avec ses cousines dans la grange de son père. Lorsque nous l’avons approchée, la veille de la Saint-Valentin, elle avait les deux mains dans les cornets trempés dans le chocolat. Elle les remplissait de sirop et de tire avant d’y ajouter un bouchon de beurre d’érable. Elle n’en demeure pas moins optimiste. De toute façon, comme elle le dit, elle n’est pas du genre à faire le bacon sur une plage. Elle se souvient qu’à Cuba, elle n’avait pu s’empêcher d’aller visiter une ferme de crocodile. Et elle jure qu’elle n’a pas acheté de sacoche !

Elle est bien la fille de son père qui, à 78 ans bien sonnés, annonce encore à sa femme qu’il part avec sa scie à chaîne couper du bois sur sa terre de Stanstead. « J’va revenir quand j’va avoir fini ma tank de gaz ». France, elle, ne part pas avec une tronçonneuse. Mais ce n’est pas la moitié de ses forces d’avertir Serge qu’elle s’en va faire boire au biberon les agneaux de la bergerie que son fils David a achetée l’an dernier. Un puits d’énergie, je vous dis.

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