Daniel Cormier

4 avril 2019 | Personnalité du mois

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L’arme d’attraction fatale

Pendant que certains se désâment à ériger des murs aussi moyenâgeux qu’inefficaces, d’autres se servent de ruses imparables pour endiguer des invasions dévastatrices. C’est le cas de Daniel Cormier, chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA).

Pour combattre le déferlement du carpocapse, alias Cydia pomonella, ce petit papillon ravageur de la pomme provenant d’Eurasie, l’entomologiste s’est vu confier le mandat de coordonner l’étude et la mise en place à travers le Québec d’un piège biologique mortel : la confusion sexuelle. Grâce à son travail réalisé depuis 2011 en collaboration avec des pomiculteurs, l’IRDA et Les Producteurs des pommes du Québec ont reçu le Prix Environnement Hélène-Alarie.

Cette méthode de lutte contre le ravageur consiste à diffuser la phérormone sexuelle des femelles destinée à attirer les mâles pour l’accouplement. En saturant les vergers de cette odeur synthétique très spécifique, les mâles sont déroutés et ne parviennent que très difficilement à retrouver l’emplacement des femelles. Les malheureux en déroute ratent leur rendez-vous érotique et meurent littéralement d’épuisement. Conséquence de cette désorientation fatale, les femelles pondent des œufs non fertiles, ce qui fait chuter la population de ces insectes qui creusent des tunnels gros comme le petit doigt jusqu’au cœur du fruit et le rendent non commercialisable. 

Il existe bien un insecticide biologique homologué qui se présente sous la forme d’un virus. Malheureusement, il ne persiste que très peu de temps dans le verger, ce qui exige jusqu’à sept traitements par année. En revanche, la confusion sexuelle permet de réduire considérablement le nombre d’applications de pesticides durant une saison.

«On a fait un premier projet de recherche avec trois producteurs sur de petites parcelles de 3 à 4 ha. Les résultats ont indiqué que cette méthode pouvait être utilisée au Québec. Un autre projet sur des surfaces plus grandes a très bien fonctionné. Dès la troisième année d’application de la confusion sexuelle, les pomiculteurs ont pu diminuer de 70% l’utilisation de pesticides sans déplorer une augmentation des ravages. Sans traitement, 40% des récoltes sont perdues. Et ça ne compte pas les fruits qui sont tombés par terre.»

Commercialisé par une firme japonaise sous le nom de ISOMATE®-CM/OFM TT, le diffuseur (voir la vidéo) ressemble à des pailles reliées aux deux extrémités et que l’on accroche aux branches des arbres. Le produit de synthèse qui s’en échappe est beaucoup moins toxique pour l’environnement et la santé humaine puisqu’il n’y a aucun arrosage. Il faut compter 500 diffuseurs par hectare. En raison de son coût (500$/ha), le MAPAQ fournit une aide financière aux producteurs québécois.

En 2013, en mettant sur pied le site Web transactionnel, l’entreprise a permis à ses clients de faire un choix parmi 2 000 produits qu’ils peuvent dès lors commander à leur guise. Fini le temps où les consommateurs n’avaient pas le choix du contenu de leur panier. Ce site transactionnel n’a été rien de moins qu’un fertilisant surpuissant qui a fait bondir la croissance de l’entreprise. 

En 2017, sous la directive de Daniel Cormier, pas moins de 137 producteurs ont couvert 1 521 ha de vergers, ce qui constitue tout de même l’équivalent de 30% de la production de pommes au Québec. C’est cet effort conjoint de l’IRDA et des producteurs pour réduire de 25% les risques associés à l’utilisation de pesticides qui leur a valu le Prix Environnement Hélène-Alarie.

À 62 ans, Daniel Cormier n’en a pas fini avec la vie sexuelle des insectes. Après la pomme, il consacre ses énergies à des projets de recherche pour combattre les larves de lépidoptères qui s’attaquent à la canneberge dont le Québec est le plus gros producteur biologique au monde. Le défi est de taille puisque le même type de diffuseur ne peut pas être utilisé pour la grande airelle rouge d’Amérique du Nord qui baigne dans l’eau.

Atoca, on lui souhaite bonne chance !

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