Roger Godin

4 août 2018 | Personnalité du mois

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Les arpents de la 8e génération

Le 14 décembre 1837, lorsque les troupes britanniques et les patriotes du Bas-Canada s’affrontent à Saint-Eustache, les ancêtres de Roger Godin cultivaient depuis déjà presque 70 ans le lopin de terre très fertile qui le nourrit toujours. L’histoire ne dit pas si ceux qui exploitaient la ferme familiale près de la rivière du Chicot ont entendu sonner le tocsin à 11 h 15 ou encore l’artillerie de l’armée de John Colborne détruire une partie du village et tuer Chénier et 70 patriotes, il reste que l’atmosphère devait être extraordinairement étouffante.

Début juillet 2018, huit générations plus tard, le climat était nettement moins tendu chez les Godin, mais Roger devait tout de même mener un autre combat. Il lui a fallu lutter contre l’intense canicule qui s’abattait sur ses champs au moment où il faisait les foins qui nourriront les 150 vaches de la ferme Dubonlait qu’il possède en bordure de la Montée Godin. Remarquez que le travail a déjà été pire. Au tournant du 20e siècle, c’est à la faucille que son arrière grand-père devait faucher ses récoltes.

Au début des années 1960, très jeune enfant, Roger se souvient que dans les anciens bâtiments de la ferme, son père élevait environ 25 vaches, des poules et des cochons. À l’époque, le lait tiré à la main servait d’abord et avant tout à faire de la crème. Le petit lait, lui ? C’était pour les cochons.

Au prix du quota de lait aujourd’hui, soit autour de 25 000$ le kilo, Roger en a pour près de 2 M$. Plus question, donc, d’en perdre une goutte. Le temps de la traite à la chaudière sur un banc à trois pattes n’est plus que du folklore relégué au musée ou dans les vieux greniers. Roger fait évidemment sa traite en lactoduc, mais n’a pas l’intention de faire entrer des robots de traite sur la ferme qu’il habite depuis toujours.

«Ce n’est pas mauvais d’être ambitieux, mais en matière d’investissement, il faut connaître ses limites. Si je souhaitais avoir des robots de traite ici, il faudrait que je démolisse mes bâtiments qui ne sont pas adaptés pour cette nouvelle technologie. Ça me coûterait les yeux de la tête. Ce ne serait pas raisonnable.»

Peut-être n’aurait-il plus besoin de bosser de 6 h 30 à 20 heures, mais comme il n’a jamais connu le concept des deux semaines de vacances par année, il n’a pas l’impression de manquer grand-chose. À vrai dire, Roger est un peu à l’image du célèbre moulin à farine Légaré de Saint-Eustache, le seul moulin mû par
la force de l’eau en Amérique du Nord à n’avoir jamais arrêté de fonctionner depuis sa mise en service
en 1762 !

De toute façon, deux de ses cinq enfants s’occupent avec lui des 200 arpents de terre qui leur appartiennent et des 120 autres qu’ils louent pour les besoins de leur ferme. À 36 ans, ses deux jumeaux, Marc-André et Pascal, diplomés en agriculture de l’Institut de technologie agricole de Saint-Hyacinthe, pourront toujours décider, le moment venu, de saisir à bras-le-corps les nouvelles technologies. En attendant, ils chevauchent allègrement leurs quatre tracteurs.

Allez hue!

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