Patrice Fortier

4 septembre 2018 | Personnalité du mois

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Le pourfendeur de fadeur

Qui eût cru qu’un jour, Patrice Fortier, un p’tit gars né et élevé en plein cœur du centre-ville de Montréal, s’arracherait au bitume pour aller s’enraciner dans la plaine venteuse de Kamouraska ? Depuis l’an 2000, le diplômé en arts visuels qui gagnait sa croûte derrière les bars s’est converti à la production de semences certifiées biologiques.

Épousant la cause paysanne, Patrice prêche désormais pour une agriculture de proximité et l’autonomie alimentaire. Semencier autodidacte, il a fondé la Société des plantes qui propose des produits aux antipodes de l’offre industrielle. Les graines qu’il cultive, bichonne, croise et sauve de l’oubli, voire de l’extinction, ne donnent pas naissance à des produits qui finiront dans les grandes surfaces.

D’une part, le fruit de ses graines ne correspond pas aux critères d’uniformités requises dans la culture industrielle. D’autre part, les légumes, plantes et fruits issus de ses semences ne résisteraient pas sur les tablettes des épiceries, puisqu’ils sont faits pour être consommés, on ne saurait mieux dire, sur le champ ! Et puis, il faut savoir que les plus grosses quantités qu’il a à offrir se résument à des sachets de graines de… 50 grammes.

De toute façon, un des objectifs de son entreprise est clair : «Combattre jusqu’au bout le nivellement des sensations en offrant de réelles alternatives à la fadeur ambiante». Aussi souhaite-t-il plutôt nous appâter avec les 280 produits qu’il offre sur son site. Vous seriez curieux de faire pousser et de goûter des betteraves Crapaudine ? Des cacalies à feuilles d’arroche ? De la chichiquelite au goût d’anis ? Du chou branchu ? De la courge Melonette Jaspée de Vendée ? De l’échalion Cuisse de Poulet du Poitou ? Ou, plus simplement, du chervis, ces petites carottes qui goûtent un peu la noix de coco et que mangeaient les Romains il y a fort longtemps? Vous êtes au bon endroit. De plus, Patrice Fortier pourra vous donner des pistes d’utilisation pour ces végétaux adaptés au Bas-Saint-Laurent.

«Nous avons un partenariat avec des chefs via la plate-forme Chef514 qui adoptent des variétés non commerciales de nos produits. Un producteur s’occupe de les cultiver et des chefs s’engagent à s’en servir pour leurs menus. Dans la Petite Italie, j’ai un client qui souhaite remplacer sa sauce piquante industrielle chinoise par une sauce maison faite à partir d’une variété de graine de piment que nous avons développée et qui est tout à fait acclimatée à notre été court.»

À 52 ans, Patrice, continue ses recherches pour créer de nouvelles variétés encore plus goûteuses, plus tendres, plus parfumées, à la texture plus agréable, tout en étant plus résilientes aux maladies. Son travail fait des heureux. Ainsi, à l’automne, il vend toutes ses racines d’angéliques à des distillateurs qui en font
du gin.

À son dire, il s’agit pratiquement d’un sacerdoce. Car, bien après la récolte, muni de loupes et de pinces
à épiler, lui et ses employés doivent nettoyer une à une toutes les graines, faire des tests de germination
en laboratoire dans des boîtes de pétris et tout consigner dans des bases de données. Un long et minutieux travail d’observation qui lui vaut aujourd’hui d’avoir établi un réseau avec des semenciers de l’Ontario,
des Maritimes, voire jusqu’en Italie et en Norvège.

Ça, mes amis, c’est ce qu’on pourrait appeler de la pollinisation !

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