
Au-delà du bio
Si vous ne connaissez pas encore Stefan Sobkowiak, il est en vedette dans La terre vue du cœur, un nouveau documentaire dans lequel il se prononce aux côtés d’Hubert Reeves et d’un collectif de scientifiques sur la sauvegarde de notre planète, hélas, bien mal en point.
Biologiste et architecte paysagiste, M. Sobkowiak est propriétaire des fermes Miracle, le plus gros verger commercial en permaculture au Canada. Depuis une vingtaine d’années, il prône un «désordre ordonné» en faveur de la biodiversité.
Sur une partie des 12 acres de son domaine de Saint-Anicet, il a créé une sorte d’arche de Noé. Il héberge 100 cultivars de pommiers qui frayent avec des pruniers, des poiriers, des cerisiers, des petits fruits, des légumes et quoi encore. Vous n’y trouverez jamais deux arbres semblables l’un à côté de l’autre. En mélangeant les espèces, il rend la vie beaucoup plus compliquée aux insectes ravageurs.
À ce paradis, il ajoute poules, canards et lapins qui amendent le sol de son verger, car, qu’on se le dise, il n’est pas du tout contre l’élevage. L’idée, c’est de laisser toutes sortes d’organismes vivants faire le gros du travail. Fini les intrants chimiques ou bio pour la fertilisation. Il remplace même les pesticides par du bon vieux lactosérum. Et ça marche! Mieux. Il fait remarquer que la permaculture est moins risquée que la monoculture puisqu’en cas de coup dur, une récolte diversifiée permet d’amoindrir les pertes.
«Pour moi, même la culture biologique est dépassée puisque c’est un modèle de substitution en monoculture. On y remplace simplement les intrants chimiques par des intrants bio. Je pense que la permaculture va s’implanter beaucoup plus rapidement que le bio qui a mis 30 ans pour occuper 2 à 3%
de la production. D’ici 20 ans, la permaculture devrait compter pour 10%.»
Si Stefan Sobkowiak n’est pas contre les quotas, il souhaiterait un assouplissement. S’il était permis à un jeune qui voudrait travailler en agriculture d’élever, ne serait-ce que d’avoir 2500 poulets dans ses champs pour produire des oeufs, cela l’aiderait à s’établir tout en ayant un impact insignifiant (1%) sur la production moyenne d’élevage au Québec. Sinon, souligne le professeur de permaculture depuis plus de 20 ans, c’est impensable pour un jeune de se lancer, sauf si sa famille est déjà dans le domaine.
M. Sobkowiak ne voit pas pourquoi la permaculture ne gagnerait pas la grande industrie. Il donne pour exemple la Polyface Farm qui, en Virginie, fait de l’élevage de bœuf, de poulet, de dindon, d’agneau et de porc (dans les endroits boisés) et dont les revenus se calculent en millions de dollars. Il estime finalement que les changements dans les façons de faire ne viendront pas des agriculteurs existants, mais bien plutôt des jeunes pour qui il est nettement plus facile d’apprendre de zéro que de devoir changer ses façons de faire.
Avis à la relève intéressée !