Alexandre Dufour

1 septembre 2021 | Personnalité du mois

Le fier Charlevoyou

Croyez-le, croyez-le pas, l’histoire des Dufour a commencé il y a 350 millions d’années. En cette ère des Poissons, une météorite de deux kilomètres de diamètre et de 15 milliards de tonnes a fondu sur la région de Charlevoix à une vitesse de 36 000 km/h. Les montagnes ont littéralement explosé dans l’arrière-pays, laissant un cratère de 56 km qui, tranquillement pas vite, mettra la table pour Maurice et Francine. Il y a 25 ans, en véritable pionnier, le couple a mitonné sa gamme de fromages fins Migneron sur des parcelles typiquement charlevoisiennes : trop petites pour soutenir de gros troupeaux, mais suffisamment riches pour donner libre cours à la créativité et élever Alexandre et Madeleine, leur précieuse relève.

Au téléphone, Alexandre Dufour nous parle de leur maison d’affinage qui emploie 25 personnes. D’entrée de jeu, il aborde la notion de la valorisation des matières premières que leur a transmise son père. Un principe qui va de pair avec celui de la diversification qu’ils ont toujours souhaité pousser plus avant. 

En partenariat avec un producteur d’Abitibi venu s’installer dans le coin avec ses brebis laitières, près de 150 têtes bouclées se sont alliées aux vaches de la région pour fournir un lait du terroir qui donne un peu moins d’une centaine de tonnes de ces fromages affinés voués à la grande distribution aux quatre coins du Québec et… jusque chez Costco ! 

En 2009, dans ce coin de pays où l’on compte tout juste 900 degrés-jours de croissance, la diversification et la valorisation de leurs lopins de terre ont pris la forme d’un vignoble. Après tout, existe-t-il un produit qui se marie mieux aux fromages ? La voie de la facilité n’étant manifestement pas dans l’ADN familial, la vigne sera biologique ou ne sera pas. Principalement du muscat 100 % d’ici dont le bouquet se propage aujourd’hui sous forme de 10 à 15 000 bouteilles de blanc ou de rosé par an !

Le respect de l’environnement et la revalorisation du lactosérum étant non négociables, en 2016, Alexandre et sa sœur Madeleine ont jeté les bases de leur distillerie en récupérant ce résidu de la production fromagère. Grâce à leurs talents d’alchimistes, ils l’ont transmuté en Charlevoyou. Cette eau-de-vie de petit-lait est leur « vodka » bien à eux. Et ils en revendiquent fièrement la paternité.

« Nous sommes les premiers au pays à recycler le petit-lait de cette façon. Il n’existait pas de recette préétablie. Nous avons monté le projet de A à Z et l’Université Laval nous a aidés à développer le processus. Au cours des prochaines années, notre cheval de bataille sera une solide mise en marché de nos spiritueux. Déjà cette année, nous devrions pouvoir commercialiser près de 1 000 bouteilles sur les tablettes de la SAQ. Et ça va aller en augmentant. »

Fort d’un bac en administration, Alexandre s’occupe, entre autres, du volet développement de l’entreprise, tandis que Madeleine veille sure la distillerie et la boutique qui représente tout de même 30 % de leurs revenus. En fignolant chaque détail des opérations et en rentabilisant jusqu’à l’ultime goutte ses précieux liquides, il y a matière à créer d’autres petits miracles. 

Le passionné de 31 ans affirme avoir encore quelques cartes dans sa manche. Déjà, un gin de petit-lait issu d’un alliage de plantes nordiques et d’eau de leurs montagnes a récemment vu le jour. Et grâce aux champs qui ne sont toujours pas exploités, Alexandre peaufine son rêve de planter des pommiers et de faire pousser du seigle pour développer des gammes alcoolisées. Projets enivrants, s’il en est ! 

Crédits photos: C’est beau studio

Découvrez aussi..
Annie Claessens

Annie Claessens

Dompteuse de plantes Il y a de ces gens dont le destin semble tracé depuis le tout premier jour. C’est le cas d’Annie Claessens. Venue au monde à Léry, sur le bord du lac Saint-Louis et de la Route 132, la jeune fille a grandi entre la réserve faunique des îles...

Gilles et Guillaume Dumont

Gilles et Guillaume Dumont

Le défi lancé à Newton Dieu du ciel ! Est-ce possible ? Jusqu’à maintenant, pour illustrer la théorie du juste-à-temps, les écoles de gestion citaient les Toyota, Apple et McDonalds. Selon cette méthode, les matières premières ne sont acheminées aux ateliers de...

Couture & Filles

Couture & Filles

Les cinq doigts de la main « Qu’est-ce qui vous ferait plaisir, aujourd’hui, Madame? Un beau p’tit rôti d’épaule? Du filet mignon, de la bavette, des côtes levées de dos? J’ai de la Toulouse toute fraîche. Avez-vous déjà goûté à ma tête fromagée et à mes terrines?...

Marc Bieler

Marc Bieler

Le roi de l’atoca « Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre ». Ce proverbe sied tout à fait à Marc Bieler, le plus gros producteur de canneberges au Canada et l’un des plus importants au monde. Pour tout dire, le gars de Saint-Louis de Blandford s’avère une précieuse...

Dernières publications

Loading
Visiter notre boutique
Suivez-nous

Facebook

Twitter

Instagram

Linkedin

Youtube

Contactez-nous
Kit média

Consultez notre Kit Média pour retrouver toutes les informations relatives à notre audience et nos offres de placement publicitaire.

PUBLICITÉ
Prochain événement
Soutenez le projet Élevage et Cultures en faisant un don

Si t'es dans l'champ, abonne-toi à notre infolettre!

Vous êtes bien inscrit(e)!

Pin It on Pinterest

Share This