Récolter l’hiver : quand l’agriculture s’adapte au froid nordique du Québec

10 janvier 2024 | Chroniques, Cultures

Récolter l'hiver documentaire - Entrevue avec Jean-Martin Fortier

S’approvisionner en légumes québécois à l’année longue, c’est le rêve de plusieurs personnes qui défendent l’autonomie alimentaire du Québec. Cependant, pendant longtemps, cette ambition était limitée par les conditions climatiques impitoyables de notre belle province.

Mais aujourd’hui, des maraîchers débordants de motivation et de créativité apprivoisent le froid hivernal pour pouvoir produire une variété impressionnante de légumes à l’année longue.

C’est exactement ce qui est mis en lumière dans le documentaire Récolter l’hiver, réalisé par Amélie Dussault, dans lequel on suit le quotidien des pionniers de la Ferme des Quatre-Temps, de la Ferme Chapeau Melon et du Jardin des Funambules.

Pour souligner la sortie du film sur les ondes de Télé-Québec le 10 janvier, on s’est entretenues avec Jean-Martin Fortier, l’un des idéateurs du projet, pour parler de Récolter l’hiver ainsi que de son expérience et de sa vision du maraîchage nordique.

Jean-Martin, quelle est la réaction des gens lorsque tu leur apprends que le maraîchage d’hiver est possible, voire simplement qu’il existe? Est-ce que cette réaction a évolué au fil des années?

C’est une super belle question. Personnellement, ça fait des années que j’en parle à plein de monde. Mais là, ce qui est nouveau, c’est que les gens le voient, et ils le voient dans un film qui montre vraiment toutes les nuances, toutes les couleurs du maraîchage hivernal.

Donc, on est dans une autre discussion complètement, parce que là, ce n’est pas abstrait, c’est réel, c’est concret. Puis les images sont très contrastantes : tu vois la neige, tu vois le froid, tu ouvres la serre et paf! tu vois les légumes qui sont là et qui sont vraiment beaux!

Moi ça fait vingt ans que je fais ça, mais je pense que pour la première fois grâce au film, il va se passer quelque chose [chez les gens].

Des légumes en abondance dans une serre en plein hiver / Photo gracieuseté de Picbois Productions

As-tu remarqué que le nombre de fermes qui produisaient en hiver a augmenté depuis la parution de «Le Maraîchage nordique : découvrir la culture hivernale des légumes», le livre que Catherine Sylvestre et toi avez écrit et qui est paru en 2021?

Ça, c’est toujours difficile à savoir parce que on n’a pas de «tracker» sur les livres. Mais je pense que le film, il va stimuler l’imagination.

Le livre t’explique comment faire du maraîchage en hiver, mais c’est quand même dur d’avoir une idée claire de ce que c’est vraiment juste en lisant un livre. Mais là, en regardant Récolter l’hiver, tu vois vraiment de quoi on parle. Les gens vont peut peut-être plus vouloir chercher comment faire, et quand ils vont trouver comment faire, ils vont peut-être avoir envie de le faire. Fait que là, je pense qu’on va avancer.

Si je me fie à mon expérience à la Ferme des Quatre-Temps, quand on avait la série Les Fermiers qui montrait tous nos avancements techniques, ça a eu de l’impact parce que les gens voyaient vraiment quelque chose de concret, et ils se disaient «Wow, je peux faire pareil!».

Photo gracieuseté de Picbois Productions

Dans le film, on parle des légumes asiatiques qui sont plus résistants au froid. Est-ce qu’il y a d’autres endroits dans le monde où il y aurait potentiellement des légumes résistants au froid dont on n’aurait peut-être même pas connaissance, ou on a un assez bon portrait?

C’est une méchante bonne question, ça!  Peut-être [qu’il y en aurait] en Russie par exemple puis dans ces pays nordiques-là, mais il faut quand même que tu partes avec des serres. C’est pas comme si tu peux retourner deux cents ans en arrière pour voir qu’est-ce qui se passait. C’est un mélange entre du contemporain moderne, puis aussi des valeurs peut-être.

Aussi, les endroits où c’est froid traditionnellement, les gens ne changent pas leur diète. Nous, au Québec, on est quand même des curieux d’alimentation. Je rouspète toujours sur les gens qui mangent, mettons, des poivrons puis des légumes hors saison, mais en même temps, à l’époque, c’était moderne de faire ça. C’était cool de ne pas juste manger du chou puis des betteraves, c’est drôle!

C’est un peu comme un retour du balancier?

Un peu, oui !

Penses-tu ou espères-tu que Récolter l’hiver inspirera de plus grands joueurs à se lancer dans l’agriculture hivernale selon les méthodes que vous présentez?

Pour moi, le film, il est lié à l’idée de la souveraineté alimentaire. Puis la souveraineté alimentaire, c’est un enjeu de société, donc ça va prendre de l’approvisionnement [pour y parvenir]. Il y en a beaucoup des fermes qui auraient la capacité de faire ça en hiver, donc tant mieux si ça les inspire, si ça les encourage.

Il va falloir aussi que les épiciers fassent de la place sur leurs tablettes, puis ça c’est pas fait.

Photo gracieuseté de Picbois Productions

Qu’est-ce que ça prendrait pour que les épiciers priorisent ces légumes d’hiver sur leurs tablettes ? Des plus gros volumes ? Plus de fermes qui en font ?

Ouais. Les épiciers, il va falloir que ça bouge. Il va falloir qu’on les bouscule. Il va falloir que les clients disent «Hey, ça n’a pas d’allure ce que tu me proposes aujourd’hui. Sur ta tablette, il n’y a rien qui vient du Québec, pourquoi ? Comment ça tu n’as pas de rutabaga? Comment ça t’as pas de choux? Comment ça tu n’as pas de légumes du Québec au mois de novembre ou en décembre? Comment ça tu n’as pas d’épinards ?» alors que c’est possible.

Là, il faut que lui, il se réveille !

En tant que consommateur, qu’est-ce que je peux faire pour demander à mon épicier d’offrir plus de légumes du Québec en hiver ?

Écris une lettre. Bon, peut-être que je suis «old school» ! Mais même une vidéo ça peut le faire !

Moi je suis un écologiste, j’ai étudié l’écologie avant d’être maraîcher. Puis ce qu’on apprend en écologie, c’est que pour qu’il y ait un renouveau, il faut qu’il y ait une perturbation. Faut qu’il y ait un feu de forêt pour que ça repousse. Fait qu’il va falloir aller «shaker» les cocotiers puis dire «Hey, c’est donc ben poche votre affaire ! » Puis là, ça va les réveiller, ils vont se dire «Peut être qu’on pourrait acheter des épinards de François Biron de la Ferme Chapeau Melon»!

François Biron, propriétaire de la Ferme Chapeau Melon, qui déneige le toit de sa serre / Photo gracieuseté de Picbois Productions

Quel est le message que vous espérez envoyer avec ce film, et à qui?

À tout le monde, [le maraîchage hivernal] c’est un projet de société. À tous les Québécois et Québécoises, trois fois par jour, vous avez la chance d’avoir de l’impact, positif ou pas.

Puis à toute la gang de maraîchers qui sont «out there», je veux leur dire que c’est une voie qui est quand même très intéressante à poursuivre !

Où et quand regarder Récolter l’hiver, le documentaire sur le maraîchage hivernal?

Récolter l’hiver sera diffusé sur les ondes de Télé-Québec le mercredi 10 janvier 2024 à 20h.

Par la suite, il sera disponible sur le Web et l’appli Télé-Québec en simultané, puis offert gratuitement en rattrapage.

Laura

Laura

Laura rédige une chronique mensuelle qui vise à mettre de l’avant des projets innovants ou personnes inspirantes de l’univers agroalimentaire québécois.
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