Le nuage noir de la peste

10 mai 2019 | Affaires, Alimentation, Élevage, Porcin, Santé

La fièvre porcine africaine (FPA) qui sévit en Chine engendre une situation unique dans l’histoire récente de l’élevage animalier à l’échelle mondiale. Pour la première fois, le prix des protéines augmente en flèche et le prix des intrants (maïs et soya) diminue considérablement, laissant des marges bénéficiaires record aux producteurs. Cette situation s’est déjà reflétée dans les derniers résultats de Tyson Foods Inc. Au deuxième trimestre, elle a enregistré des ventes record de 10,4 milliards.

Pour le deuxième plus important producteur, transformateur de porcs, volaille et bœuf au monde, il s’agit d’une hausse du chiffre d’affaires de 7 % et d’un bénéfice net de 426 millions $ US, en hausse de 35 % par rapport au trimestre correspondant de 2018. Noel White, le président et chef de la direction de Tyson, a affirmé que l’impact de la FPA était sans précédent et que l’offre globale de viandes pourrait diminuer de 5 % à un moment ou la consommation mondiale est en hausse.

Le prix de l’action de Tyson est en hausse de 40 % depuis le début de l’année alors que celui de Pilgrim’s Pride Inc. (deuxième producteur de volaille aux États-Unis) connait une envolée de 70 %. En raison de l’accroissement des prix du porc, le marché anticipe que les consommateurs se tourneront vers le poulet, le bœuf et même les œufs pour combler leurs besoins en protéines, créant aussi une inflation des prix de ces autres sources de protéines.

Rabobank prévoit que la production porcine chinoise décroîtra de 25 % à 35 % cette année. Cette décroissance représente 13 millions de tonnes de viandes et un peu plus que les 12 millions de tonnes produites par l’ensemble des producteurs américains en 2018. La Chine qui consomme et produit la moitié du porc à l’échelle mondiale devra satisfaire ses besoins avec d’autres protéines comme le poulet. Le US Department of Agriculture prévoit que les importations de poulet par la Chine vont bondir de 70 % cette année.

La Chine qui n’est pas un grand consommateur de bœuf en importera davantage. Selon HSBC, le peuple chinois en consomme en moyenne quatre kilogrammes par personne par année soit le cinquième des Américains. Une augmentation de seulement un kilo par personne par année représenterait 80 % de la valeur des exportations brésiliennes, le plus important exportateur au monde.

Le problème pourrait persister pour des années, car aucun remède n’a encore été trouvé. Avec une baisse de 21 % de son cheptel reproducteur depuis mars 2018, la Chine devra le rebâtir puis rétablir sa production.   Les producteurs de porcs américains, canadiens, produisant à plus faibles coûts, en l’absence de droits compensatoires, jouiront d’une part importante du marché chinois même après la résolution de cette crise.

Afin de continuer de tirer avantage de la situation actuelle, les producteurs de viandes nord-américains devront s’assurer que ce virus hautement contagieux chez les porcs ne se propage à leurs élevages et si un bâtiment devait être contaminé, le défi serait de contenir le foyer afin d’éviter de contaminer d’autres élevages. Par chance, les éleveurs nord-américains sont mieux équipés pour faire face à cette menace puisqu’ils ont investi dans des systèmes de contrôle de la biosécurité. Les éleveurs d’ici qui n’ont pas encore fait de tels investissements seront grandement motivés à le faire.

Pierre

Pierre

Journaliste principal

Père fondateur d’Élevage et Cultures, Pierre a donné à la revue sa touche d’humour qui nous plaît tant. Vous pouvez retrouver tous ses articles traitant des actualités technologiques et scientifiques agricoles dans la Rubrique de Pierre.

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